Mercredi 13 décembre 2006
Il y a des charmes indéniables parce qu'irrésistibles; il y a d'autres charmes qui le sont malgré eux-mêmes... Tel est le cas de l'attrait que suscite le film "Lady Chatterley", de Pascale Ferran. Dans cette énième version du roman de D. H. Lawrence (version française cette fois-ci, pour notre plus grand malheur), se donnent rendez-vous des éléments tout à fait volontaires, qui font appel à l'esprit même de la "joliesse": des efforts sincères pour faire un film d'époque fidèle (par le biais des costumes, des décors, des accessoires du début du XXème. siècle); de longues, looongues prises "esthétisantes", concentrées surtout sur l'entourage naturel des bois qui témoignent l'histoire; une mise en scène soignée qui a pris le parti de montrer surtout la naïveté des personnages principaux... sans les débarasser évidemment de la "French touch", éminemment accrochée aux intérêts pratiques de la vie quotidienne [c'est ainsi que l'héroïne du film, malgré son caractère prétendument candide, confronte sans hésiter son mari handicapé-impuissant, pour lui annoncer qu'elle est loin de vouloir renoncer à ses besoins sexuels incontenibles... tout en défendant son statut d'épouse "soucieuse de lui donner un héritier" (stratagème simpliste et bien convenue, pour bien rester à l'abri de sa condition bourgeoise)].
Seulement, le vrai cinéma méprise et rejette la "joliesse". Le vrai cinéma, au contraire, fuit ce recours médiocre de jetter dans le chaudron quelques éléments "sympas", sans leur donner une unité cohérente dans l'esprit, dans la réalisation máteriel-visuel et dans la direction d'acteurs... Le rattage ne peut que s'avérer imminent, et ça déborde par les petits détails. À savoir, pour "Lady Chatterley": le décalage lingüistico-culturel de situer le film en Angleterre, avec des acteurs français qui prononcent les prénoms anglais... à la française!; le décalage espacio-culturel de vouloir établir un décor anglais, avec des affiches et un urbanisme typique anglais de l'époque, tout en mettant en évidence à l'écran des personnages qui écrivent des lettres en français!; l'insertion grossière d'un faux film des débuts du siècle, qui pallie l'incapacité (budgétaire) de tourner dans des décors urbains en plein air, pour la plupart des scènes où des décors urbains sont requis [heureusement qu'ils en sont rares, et que la réalisatrice s'est justifiée de leur absence, en surnommant le film "Lady Chatterley et l'homme des bois"].
Des essais de film comme celui-ci, devant le vrai cinéma, ne peuvent que vomir leur propre futilité. Pour "Lady Chatterley", ce résultat incongru se traduit par un effet inattendu: la dérision... un effet sans doutes positif au moins dans l'absolu, mais évidemment déplorable quant on avait comme tâche de mettre en scène une histoire éminemment dramatique. Une chose est sûre: le caractère involontairement divertissant de "Lady Chatterley" est intense et hautement contagieux. Les situations à la limite du vécu très personnel, déclenchent chez le spectateur un engouemment collectif propre aux enfants de 7-9 ans, en pleine salle de cinéma! [les premiers ébats amoureux complètement maladroits, dans la limite du vulgaire; les amants qui se décorent le sexe avec des fleurs silvestres; les amants qui s'amusent à courir comme des retardés sous la pluie... la liste est longue]. On se retrouve mi-gênés, mi-pleurants avec des larmes décalées, qui, après une rapide réflexion, ramènent ce film au rayon où il mérite d'être classé: celui de la banalité extrême.
Par Ludovic et Velio [merci!... CHUIS MALHEUREUX!!]
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Publié dans : ludoandveliohaveeyes
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